terça-feira, outubro 31, 2006

Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont I

Les jardins, ce soir, dressent leurs grandes plantes brunes qui semblent au sein des villes des campements des nomades. Les uns chuchotent, d’autres fument leurs pipes en silence, d’autres ont de l’amour plein le cœur. Il y en a qui caressent de blanches murailles, il y en a qui s’accoudent à la niaiserie des barrières et des papillons de nuit volent dans leurs capucines. Il y a un jardin qui est un diseur de bonne aventure, un autre est marchand de tapis. Je connais leurs professions a tous : chanteur de rues, peseur d’or, voleur de prairies, seigneur pillard, pilote aux Sargasses, toi marin d’eau douce, toi avaleur de feu, et toi, toi, toi, colporteurs de baisers, tous charlatans et astrologues, les mains chargées de faux présents, images de la folie humaine, jardins de mousse et de mica.

Aragon
Le Paysan de Paris, 1926